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Politique

Charlie Hebdo condamné dans l’affaire Siné : « Tout le monde en parle » ?

by on déc.17, 2010, under Politique

Nous avons attendu quelques jours avant d’en parler. C’est désormais une certitude : la nouvelle n’a pas fait grand bruit. En tout cas, nettement moins que « l’affaire Siné », lors du licenciement sans préavis de l’humoriste par Charlie Hebdo, en juillet 2008. Et pourtant, l’épilogue judiciaire de « l’affaire » est net et sans bavure : le licenciement était injustifié, Charlie Hebdo devra payer des indemnités à Siné.

Souvenons-nous. Dans Charlie Hebdo du 2 juillet 2008, on peut lire, sous la plume de Siné, dans sa chronique hebdomadaire (« Siné sème sa zone »), les lignes suivantes :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

A tout seigneur tout honneur, c’est à Claude Askolovitch que revient la gloire d’avoir lancé « l’affaire Siné » : sur l’antenne de RTL, le 8 juillet 2008, il dénonçait « un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas, Charlie Hebdo », et informait l’auditeur que Philippe Val allait « faire son éditorial pour expliquer que Siné est une ordure, a dérapé totalement et devrait partir ».

Il était pourtant manifeste que dans cette chronique, comme Acrimed l’écrivait à l’époque, Siné ne faisait que moquer « l’arrivisme d’un jeune homme envisageant une conversion religieuse pour épouser une héritière ». Mais qu’importe, le feu avait aussitôt embrasé la plaine médiatique, et les chasseurs de fantômes antisémites y allèrent tous de leur commentaire. BHL, forcément, qui dans une tribune publiée dans Le Monde, estimait que « Philippe Val, le directeur de “Charlie Hebdo”, a raison de demander à Siné de s’excuser ou de démissionner, pour avoir publié une chronique antisémite ». Alexandre Adler, évidemment, qui pontifiait dans Le Figaro : « Il ne devrait pas y avoir le moindre doute sur le caractère antisémite des propos de l’auteur ». Ou encore Laurent Joffrin [1] et… Philippe Val.

Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, qui ne sévissait pas encore comme directeur de France Inter, sommait Siné de présenter des excuses publiques. Sans succès. Siné apprenait son licenciement de l’hebdomadaire « satirique » [2] le 16 juillet… dans les colonnes du journal. La lettre lui annonçant son éviction lui parvenait après son renvoi. Philippe Val, ou l’amour du beau geste.

Deux ans et demi plus tard, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris répond à Philippe Val [3], dans un jugement dépourvu de toute ambiguïté : « Il ne peut être prétendu que les termes de la chronique de Maurice Sinet sont antisémites, (…) ni que celui-ci a commis une faute en les écrivant (…). [De plus,] Il ne pouvait être demandé à Siné de signer et faire paraître une lettre d’excuse ». Charlie Hebdo (plus précisément la société Les Editions Rotatives) est donc condamné à verser 20 000 euros à Siné pour rupture abusive de contrat. En outre, pour le TGI, « la médiatisation de la rupture et le caractère humiliant de son annonce apprise en même temps que les lecteurs par la publication du numéro du 16 juillet 2008, ont causé à Siné un préjudice moral qu’il convient d’indemniser en lui allouant la somme de 20 000 euros ». Soit un total de 40 000 euros.

Un bandeau devrait bientôt figurer sur la une de Charlie Hebdo : « Par jugement du 30 novembre 2010, le tribunal de grande instance de Paris a condamné la société Les Editions Rotatives, société éditrice du journal Charlie Hebdo, à payer à M. Maurice Sinet dit Siné la somme de 40 000 euros à titre de dommages et intérêts pour rupture abusive de leur collaboration à la suite de la parution de la chronique de Siné dans le numéro du 2 juillet 2008. »

Cela donnera au moins quelque publicité à un jugement accueilli par un silence médiatique assourdissant, en comparaison du tumulte suscité lors du licenciement de Siné. L’Humanité (dans son édition du 13 décembre), Rue89, Bakchich et Arrêts sur Images s’en sont fait l’écho, ainsi que quelques blogs, dont celui de Gérard Filoche, proche de Siné. Une dépêche AFP a circulé, reprise sur les sites Internet de plusieurs quotidiens et hebdomadaires, sans aucun commentaire. Pas d’article dans les versions papier. Pas de long développement sur l’affaire, bien entendu, sur l’antenne de France Inter. Mais peut-être n’est-ce qu’une question de temps…

Philippe Val va-t-il, comme il l’avait exigé de Siné, présenter des excuses publiques dans Charlie Hebdo ? Ou alors, sur France Inter, comme lorsqu’il s’était invité à l’antenne pour justifier les renvois de Stéphane Guillon et Didier Porte ? BHL va-t-il écrire une tribune enflammée dans laquelle il reconnaît s’être trompé ? Laurent Joffrin va-t-il consacrer une page « Rebonds » de Libération à démentir ce qu’il avait écrit dans ces mêmes pages au moment de « l’affaire » ? Que vont faire Alexandre Adler, Claude Askolovitch et tant d’autres ? Les médias vont-ils, plus d’une semaine après la publication du jugement rendu contre Charlie Hebdo, se faire l’écho de cette nouvelle qui clôt une affaire en cours depuis deux ans et demi, et qui avait fait couler tant d’encre ? Suspense…

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Loppsi : le blocage des sites sans juge est adopté par les députés

by on déc.17, 2010, under ACTA/HADOPI/LOPPSI, Politique

Société 2.0 –

L’article 4 du projet de loi Loppsi a été adopté mercredi soir par l’Assemblée nationale. Celui-ci permet à l’exécutif de produire une liste des sites à bloquer au niveau des FAI. L’opposition, qui réclamait l’intervention du juge dans le processus de filtrage, n’a pas été entendue.

Mercredi soir, les députés ont finalement adopté en seconde lecture le très controversé article 4 du projet de loi Loppsi. Celui-ci permet à l’exécutif de désigner les sites Internet et les contenus pédo-pornographiques afin d’en obtenir le filtrage au niveau des fournisseurs d’accès à Internet. L’intervention préalable de l’autorité judiciaire dans le processus de blocage a été rejetée.

L’adoption de l’article 4 sans le contrôle du juge est une déception à deux niveaux. D’une part, l’efficacité du blocage est loin d’être démontrée et risque de conduire à un sur-blocage. En cherchant à restreindre l’accès en aval plutôt qu’en intervenant en amont (en retirant les contenus directement à la source), la Loppsi va pousser les pédo-pornographes à adopter de nouveaux moyens pour accéder et partager de tels contenus.

Le travail des forces de police et de l’autorité judiciaire sera considérablement compliqué lorsqu’ils seront face à des réseaux chiffrés et décentralisés. Cette migration des utilisateurs s’est déjà vue avec la loi Hadopi, qui vise uniquement les utilisateurs des réseaux peer-to-peer. Plusieurs internautes ont changé de fusil d’épaule en passant par des sites spécialisés dans le streaming ou le téléchargement direct.

D’autre part, l’absence de l’autorité judiciaire fait craindre une dérive du filtrage. Si personne ne contestera la nécessaire lutte contre la pédo-pornographie, d’aucuns craignent que celle-ci soit instrumentalisée pour répondre à d’autres objectifs politiques. Puisque les juges ne seront pas de la partie, l’exécutif pourra étendre le filtrage à d’autres types de contenus. Comme Wikileaks ?

« Le gouvernement a fait le choix hypocrite et honteux de ne rien faire pour retirer les contenus pédo-pornographiques en ligne, tout en prétextant régler le problème. [...] Le blocage de l’accès aux sites ne réglera absolument rien au problème de la pédo-pornographie. Le cheval de Troie de la protection de l’enfance ouvre la porte, par ce vote, à la censure généralisée du net » a déploré Jérémie Zimmermann.

Comme nous l’expliquions en début d’année, le filtrage des sites à travers une liste noire maintenue par l’administration est un véritable problème démocratique. Si celle-ci est secrète, elle empêche tout recours à celui qui aurait été bloqué abusivement. Si la liste est publique, alors elle devient un annuaire idéal pour dénicher des contenus pédo-pornographiques. D’où l’importance du juge dans ce processus.

« Il est extrêmement inquiétant de voir les députés donner leur aval au filtrage administratif du net. Nul ne pourra contrôler la façon dont ces mesures de filtrage seront mises en place, par une liste noire secrète, et il n’y aura pas moyen de les contester » a réagi Félix Tréguer, chargé des affaires juridique et institutionnels à la Quadrature du Net.

En février, lors de l’examen en première lecture de la loi Loppsi, les députés avaient pourtant adopté l’article 4 tout en exigeant l’intervention de l’autorité judiciaire. Le filtrage du net au niveau des FAI était toujours possible, mais avec le contrôle du juge. Depuis, le texte est allé au Sénat cet automne et les parlementaires ont validé le filtrage du web sans contrôle judiciaire.

L’opposition devrait maintenant s’en remettre au Conseil constitutionnel pour tenter de revenir sur l’article 4.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com
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Coup de filet « à six milliards d »euros » dans le warez européen

by on sept.08, 2010, under p2p, ddl, torrent, Politique

Peer-to-Peer -

C’est une opération spectaculaire menée par les polices de quatorze pays européens. Hier et aujourd’hui, une cinquantaine de serveurs ont été saisis et dix personnes interpellées dans le cadre d’une enquête ouverte en Belgique il y a deux ans. Selon la police belge, ces individus arrosaient l’Internet mondial avec des contenus piratés. Ils seraient responsables d’un manque à gagner, pour l’industrie culturelle, de 6 milliards d’euros.

C’est un gros coup de filet réalisé hier et aujourd’hui par les forces de police européennes. Démarrée ce mardi, l’opération « Top Site » avait pour objectif de porter un coup critique à la scène warez située en Europe. Au total, des perquisitions et des arrestations se sont déroulées dans quatorze pays européens, qui ont tous contribué à l’enquête ouverte par la justice belge il y a maintenant deux ans.

Dans un communiqué de presse publié aujourd’hui, la police belge a déclaré que « l’enquête a permis d’identifier les 4 groupes les plus importants responsables de la mise à disposition sur Internet de 80 % de la production en langue néerlandaise ou de production en langue étrangère sous-titrée en néerlandais« . Les agences européennes EUROPOL et EUROJUST ont été mises à contribution dans cette affaire.

Parmi les pays impliqués, nous retrouvons notamment l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Croatie, la France, la Hongrie, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la République Tchèque, le Royaume-Uni et la Suède. Une opération qui a nettement dépassée les frontières de l’Union européenne, avec la présence de pays comme la Croatie et la Norvège.

C’est cette même opération qui a conduit à la perquisition dans les locaux de PRQ, un hébergeur suédois. Comme nous l’écrivions hier, le prestataire technique s’est illustré par le passé en hébergeant le portail de liens torrent The Pirate Bay et le site militant spécialisé dans la fuite d’informations WikiLeaks. PRQ avait également défrayé la chronique en hébergeant un forum de discussion sur la pédophilie.

Dans le détail, près de cinquantaine serveurs ont été saisis. Toujours selon le communiqué diffusé par la police belge, « 10 personnes ont été interpellées en Belgique, en Norvège, en Pologne et en Suède. Il s’agit des leaders des 4 groupes sur laquelle l’enquête se concentrait« .

Cinq d’entre elles sont Belges, et ont été placées sous mandat d’arrêt pour participation à « une organisation criminelle, piraterie, fraude informatique et hacking« . Au total, « l’activité de ces 4 groupes en terme de piratage de films représenterait une perte estimée à 30 millions d’euros en Belgique et jusqu’à 6 milliards d’euros au niveau mondial« .

Une perte qui n’en est pas vraiment une. Il s’agirait plutôt d’un manque à gagner pour les industries culturelles, à supposer qu’un téléchargement illégal représente une vente perdue. C’est un mode de calcul erroné, mais qui a malheureusement servi de base de travail pour l’étude de Tera Consultants Une étude qui a ensuite permis à Michel Barnier, commissaire européen, d’affirmer que le piratage cause d’importants dégâts pour les industries et détruit des centaines de milliers d’emplois.

Cette opération n’est pas sans rappeler celle menée aux États-Unis cet été. À l’époque, les autorités américaines avaient obtenu le démantèlement de neuf sites accusés de favoriser la diffusion de contenus piratés. Cette opération fut menée par l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE), un organe du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Elle s’est inscrite dans la politique de défense vigoureuse d’Obama en matière de propriété intellectuelle.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

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La députée UMP Marland-Militello veut réguler la liberté de la presse

by on juil.09, 2010, under Politique

Société 2.0 –

La députée Muriel Marland-Militello (UMP) souhaite que le Parlement adopte une résolution pour encadrer la liberté de la presse, après la publication des informations de Mediapart dans l’affaire Bettencourt.

Ceux qui ont suivi les débats sur la loi Hadopi se souviennent que de sa voix haut perchée, la députée UMP a parfois égayé les soirées tristes où l’on voyait jour après jour un Parlement aux ordres voter une loi inadmissible qui allait être jugée inconstitutionnelle, car attentatoire à la présomption d’innocence et à la liberté d’expression. Dans la torpeur des débats, l’élue des Alpes-Maritimes nous a souvent permis de rire, tant sa défense de la loi Hadopi était caricaturale et d’une mauvaise foi patente. 

« Le terrorisme cybernétique ne gagnera pas« , avait-elle un jour déclaré alors que le site de propagande Jaimelesartistes.fr venait de subir une attaque DDOS. « Ce qui compte en démocratie ce ne sont pas les internautes, ce sont les concitoyens« , avait-elle ajouté lorsque son blog a été submergé de visites et de commentaires, et qu’elle a cru être elle-même victime d’attaques de vilains hackers.

Avec l’affaire Woerth, cette grande fan d’Internet veut maintenant réguler la liberté de la presse. Car bien sûr, le problème n’est pas de se mettre en position de conflit d’intérêts et de mettre alors l’Etat en position d’être suspecté de malversations, mais d’oser enquêter sur le sujet pour vérifier ces soupçons. « Déterminée à ce qu’une certaine conception de la presse ne devienne jamais la règle dans les médias français, j’ai souhaité prolonger ma démarche par une action législative« , annonce-t-elle sur son site Internet. « C’est la raison pour laquelle je vais prochainement déposer une proposition de résolution » dans laquelle « je rappellerai solennellement des grands principes qui fondent notre République« .

Elle fait le lien entre les publications de Mediapart, qui s’est d’abord basé sur des enregistrements illégaux attentatoires à la vie privée des personnes écoutées, et celles du journal L’Express qui le mois dernier a publié des extraits du dossier médical de Johnny Hallyday. Elle veut ainsi rappelé dans sa résolution « l’équilibre, consacré par les textes et les jurisprudences, entre liberté de la presse, droit d’informer, droit au respect de la vie privée et respect des informations couvertes par des secrets professionnels, en particulier le secret médical« .

« Je ne doute pas que cette proposition de résolution sera prochainement inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et adoptée« , conclut-elle.

Mais la Justice, elle, a déjà tranché en ce qui concerne Mediapart. Dans un jugement du 1er juillet, le tribunal de Nanterre a jugé que la diffusion d’extraits des enregistrements pirates relevait « de la publication d’informations légitimes et intéressant l’intérêt général« , et qu’ordonner leur retrait serait « exercer une censure contraire à l’intérêt public, sauf à ce que soit contesté le sérieux de la reproduction des enregistrements – ce qui n’est pas le cas en l’espèce« .

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com
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